Port-Vendres et son port, c’est une histoire qui dure depuis plus de deux mille ans ! De l’antique Portus Veneris à la ville que nous connaissons aujourd’hui, je vous raconte comment cette rade méditerranéenne a traversé les siècles et façonné l’identité de Port-Vendres.

Au fil des siècles, la rade de Port-Vendres occupe une place stratégique sur le littoral méditerranéen.
Navigation, commerce et défense vont tour à tour contribuer à son développement et transformer profondément la ville.

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Photo, © Mairie de Port-Vendres

Vestiges antiques, fortifications de Vauban, obélisque et grands travaux du XVIIIe siècle témoignent encore de cette évolution. Au XIXe puis au XXe siècle, l’essor du commerce et des liaisons maritimes avec l’Algérie ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Fortement touchée pendant la Seconde Guerre mondiale, Port-Vendres se reconstruit ensuite et diversifie ses activités.
Aujourd’hui, ce passé maritime, militaire et commercial se découvre encore à travers de nombreux éléments du patrimoine de la ville.

Un port connu depuis l’Antiquité

Dès l’Antiquité, la rade de Port-Vendres attire les navigateurs. Les auteurs anciens la mentionnent sous le nom de Portus Veneris, le port de Vénus. Pomponius Mela la cite au 1er siècle de notre ère parmi les principaux repères du littoral méditerranéen. Strabon, Pline et Ptolémée évoquent également ce port situé au pied des Pyrénées, à proximité de la frontière entre la Gaule et l’Espagne.

Port-Vendres, un port réinventé par l’histoire

Ce nom serait lié à un temple consacré à Vénus, la déesse romaine protectrice des marins. Installé sur un promontoire dominant la rade, il servait probablement de repère aux navires. Son emplacement précis reste discuté.
Des fragments de mosaïque, de poteries et de marbre découverts en 1881 au pied du Fanal ont toutefois conduit plusieurs historiens à situer le sanctuaire dans ce secteur.

Les recherches archéologiques sous-marines confirment l’importance de la baie durant l’Antiquité. Plusieurs épaves découvertes dans le port, la passe et autour du cap Béar témoignent d’un trafic maritime actif. L’épave Port-Vendres 2, datée vers 45 de notre ère, transportait notamment de l’huile, du vin, de la saumure, des minerais et de la vaisselle.

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Ces cargaisons montrent que la baie se trouvait sur les routes commerciales reliant la Bétique, la Gaule, l’Italie et les autres ports de la Méditerranée. À cette époque, la rade sert principalement de mouillage et de port secondaire. Elle participe à la redistribution des marchandises vers l’arrière-pays.

Une baie longtemps liée à Collioure

Après l’Antiquité, la baie de Port-Vendres conserve son intérêt aux yeux des navigateurs, mais le site ne forme pas encore une ville indépendante. Le territoire reste alors rattaché à Collioure. Quelques cabanes occupent les abords de la rade, tandis que les collines servent à surveiller la côte et les routes maritimes.

Au Moyen Âge, le port participe aux échanges entre les rivages catalans, les îles Baléares, Barcelone, Valence et les ports du Languedoc, de Provence et d’Italie. Les navires y trouvent un abri et un point de redistribution pour les marchandises. La baie reste toutefois un mouillage naturel et aucun grand aménagement portuaire médiéval n’est connu à ce jour.

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En 1272, le roi Jacques Ier d’Aragon souhaite renforcer le péage perçu à Collioure afin de financer la réalisation d’un port à Port-Vendres. Ce projet témoigne déjà de l’intérêt stratégique et commercial de la rade. Il faudra toutefois attendre plusieurs siècles pour que le site change véritablement d’échelle.

Une ville pensée autour du port

À partir du XVIe siècle, les hauteurs qui entourent la baie se couvrent de tours et d’ouvrages défensifs. La tour de Biarra, située près de l’actuel fort Béar, surveille l’accès au port. D’autres positions fortifiées protègent Collioure et ses environs.

Au XVIIe siècle, après l’annexion du Roussillon au royaume de France, Port-Vendres entre pleinement dans la stratégie militaire française. Vauban repère les qualités défensives et maritimes de la baie. Il considère le site mieux adapté que Collioure pour accueillir le principal port de la région.

Les travaux commencent dans les premières décennies du XVIIIe siècle, mais avancent lentement, avec plusieurs interruptions. Des quais sont construits et les défenses sont renforcées. La redoute du Fanal, la redoute de Béar et la redoute de la Presqu’île surveillent les accès à la rade.

En 1750, le comte de Mailly, lieutenant général du Roussillon, reprend les projets de Vauban. Il souhaite bâtir une ville monumentale organisée autour du port. Le projet complet n’aboutit pas, mais plusieurs constructions façonnent encore aujourd’hui le patrimoine de la ville.

Entre 1776 et 1778, la partie ouest du port est creusée. La ville s’organise autour de la place de l’Obélisque et de la caserne du Fer à Cheval. Au centre de la place s’élève un obélisque en marbre polychrome de près de 30 mètres de haut. Son décor célèbre la monarchie et la renaissance du port.

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Port-Vendres devient ainsi une ville pensée autour de la mer, de la défense et du pouvoir royal. Pourtant, la population s’y installe lentement. En 1782, le recensement compte à peine 88 habitants.

Un port tourné vers le commerce

Au début du XIXe siècle, cette petite bourgade reste rattachée à Collioure. La situation change en 1823, lorsqu’elle devient une commune indépendante. Cette autonomie accompagne les nouveaux projets d’aménagement de la rade.

À partir de 1836, la Marine finance d’importants travaux. Une jetée, des cales de carénage, un lazaret et des magasins sont construits. La nouvelle darse mesure 300 mètres de long, 145 mètres de large et 9 mètres de profondeur. Les déblais issus du creusement servent à aménager la place Castellane.

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Les infrastructures portuaires sont achevées vers 1860. En 1867, l’arrivée du chemin de fer désenclave Port-Vendres et facilite les liaisons avec le réseau méditerranéen.

La ville cherche alors à rivaliser avec Sète et Marseille pour développer les liaisons maritimes avec l’Algérie. En 1880, le port devient une escale des paquebots de la Compagnie Transatlantique. La Compagnie de Navigation Mixte lui succède en 1895.

Les échanges commerciaux se développent. Depuis le port on exporte notamment du vin et du minerai de fer. En retour, il reçoit des grains, des caroubes, du bois de Norvège et du charbon.
Cette activité transforme progressivement la ville. Sa population passe de 1 671 habitants en 1856 à 3003 habitants en 1886. La construction de l’église Notre-Dame de Bonne Nouvelle commence cette même année.

L’essor des liaisons avec l’Algérie

Au début du XXe siècle, Port-Vendres poursuit son développement grâce aux liaisons maritimes avec l’Algérie. Après la Première Guerre mondiale, le trafic de passagers progresse rapidement. En 1922, la Compagnie de Navigation Mixte reçoit plusieurs paquebots affectés aux liaisons entre la France et l’Afrique du Nord.

La nouvelle gare maritime est inaugurée en 1929. Elle remplace un ancien hangar en bois et accompagne l’ouverture du Grand Hôtel de la Compagnie du Midi. Les paquebots relient alors Port-Vendres à Alger et à Oran. Le trafic atteint 60 000 passagers au milieu des années 1920, puis cent mille en 1930, année du centenaire de la conquête de l’Algérie.

Le port de commerce connaît également une activité importante. En 1935, les importations atteignent 84 886 tonnes. Elles concernent principalement les vins, les fruits et les primeurs d’Algérie, ainsi que le liège. Les exportations représentent 16 198 tonnes.
Le minerai de fer du Canigó, autrefois important pour l’activité du port, décline progressivement. Port-Vendres associe alors plusieurs fonctions : port de voyageurs, port de commerce et port militaire.

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Dans la tourmente de la guerre

Dès 1936, la guerre civile espagnole entraîne l’arrivée de réfugiés dans la région. Le 7 septembre, 134 personnes venues de Barcelone débarquent dans le port à bord du torpilleur Cort II. En 1939, des navires-hôpitaux accueillent également des blessés espagnols, à la suite du tragique épisode de la Retirada.

La Seconde Guerre mondiale bouleverse profondément la vie de la ville. Sa position stratégique attire l’attention des forces françaises, puis allemandes. Après l’occupation allemande de novembre 1942, la zone devient une place militaire fortement contrôlée. Les quais, les fortifications et plusieurs secteurs de la ville sont interdits aux habitants. Les Allemands prennent le contrôle des batteries côtières françaises et construisent de nouveaux ouvrages en béton au cap Gros et au cap Béar.

À partir de juin 1944, le port est progressivement miné. Des fosses creusées sur les quais abritent de puissantes charges explosives. Le 19 août, lors de leur départ, les troupes allemandes coulent deux bateaux dans le port avant de faire sauter les quais et plusieurs installations. Les explosions détruisent une partie des infrastructures et endommagent de nombreuses maisons. Lorsque Port-Vendres est libérée le 20 août 1944, la ville est fortement touchée.

Après-guerre, un port tourné vers de nouvelles activités

Après les destructions de 1944, Port-Vendres entame une longue période de reconstruction. Les quais, les bâtiments portuaires et les maisons endommagées sont progressivement remis en état. La ville conserve toutefois les traces de son passé militaire, visibles à travers ses forts, ses batteries et ses différents ouvrages défensifs.

Le port retrouve peu à peu son activité. Les liaisons avec l’Algérie se poursuivent jusqu’aux bouleversements liés à l’indépendance algérienne en 1962. L’arrivée de nombreux rapatriés transforme alors la population et la vie locale.

Port-Vendres, un port réinventé par l’histoire

Le commerce reste une activité importante. Le port accueille des marchandises, ainsi que des fruits, principalement des bananes, par voie maritime. La pêche occupe également une place centrale dans l’économie et dans l’identité de la commune.

Les quais deviennent des espaces de travail animés par les débarquements, les ventes et les échanges entre marins et habitants. Au fil des décennies, le port diversifie ses activités. Les bateaux de pêche côtoient les navires de commerce, les plaisanciers et les bateaux de promenade.

Une histoire à découvrir au fil de la ville

Aujourd’hui encore, l’histoire du port se lit dans le paysage de Port-Vendres. Des quais aux fortifications, de l’obélisque aux traces laissées par les différentes époques, il suffit de parcourir la ville pour en retrouver les témoignages.

Alors, lors de votre prochaine balade à Port-Vendres, ouvrez l’œil : derrière les paysages de la rade se cachent plus de deux mille ans d’histoire !

Port-Vendres, un port réinventé par l’histoire

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Joris

À propos de Joris

Joris est guide et conseiller en séjour à l’Office de Tourisme Pyrénées Méditerranée. Passionné d’histoire, de patrimoine et de culture catalane, il aime faire parler les lieux et partager leurs récits, avec une prédilection pour le Moyen Âge et la Catalogne.
Fier de son territoire et de ses traditions, il ne cache pas son attachement à ses racines catalanes. Sa devise ? VISCA CATALUNYA !

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